Route du Rhum - la Banque Postale 15 nov : Actual abandonne et termine la course... en double
"Ce choix est beaucoup plus raisonnable !"...
Retour sur une semaine de combativité
Il aura tout essayé. Depuis qu'il avait constaté un choc sur l'étrave centrale, remplie de 4 m3 d'eau et la fissure de la crosse du bras avant tribord, Yves le Blevec n'a eu de cesse de soigner son bateau. Dans un premier temps, il a consolidé le bras du multi50 afin d'éviter que la fissure s'agrandisse. Yves a récupéré le matériel rigide du bateau qui pouvait l'y aider, les lattes de remplacement ont permis de fabriquer une attelle, des bouts maintiennent le flotteur à la coque centrale. Puis le skipper d'Actual a asséché la coque centrale à la pompe à main et collé des plaques de monolithique, des lattes de grand voile débitées en fagots, stratifié du tissu de carbone sur les surfaces de coque délaminée.
Pour aboutir à ces réparations efficaces, il a du gérer des paramètres extérieurs : l'état de la mer qui, agitée, ne permettait aucune intervention et risquait à tout moment de faire se disloquer le bateau, le vent de sud, qu'il fallait fuir à tout prix quitte à faire demi-tour. Les conditions de vie à bord ont donc été très précaires durant sept jours même si le skipper ne s'en est jamais plaint. Il était terriblement affecté par les blessures infligées à son bateau et c'est avant tout à lui qu'il a pensé. Yves a su faire preuve d'un grand sens marin et d'un courage exemplaire. Il ne courait plus pour le podium, restait en course mais le bateau craquait à la moindre vague.
L'enjeu : le bateau
Il a su poursuivre la course durant sept jours tout en anticipant une assistance. En effet, Actual avait affrété un catamaran (conjointement avec Crêpes Whaou!) parti de Pointe à Pitre mercredi dernier. Depuis une semaine, Yves le Blevec avait laissé la course en arrière plan. Hier dimanche, un deuxième choc l'interpellait à nouveau, un objet ayant percuté et sanctionné un safran. Ramener le bateau à bon port devenait plus que tout sa priorité. Celui que ses supporters ont surnommé le "Mac Gyver du grand large" a fait preuve d'une grande lucidité. Rester en course oui, risquer de perdre son bateau, jamais. Après deux chocs et trois avaries, le choix devenait évident alors qu'il restait 600 milles à parcourir. Au lever du jour, à l'approche du catamaran, il décidait de transborder le matériel à bord et d'embarquer son préparateur. Cette décision concertée avec son partenaire Actual, murement réfléchie, permettait de sauvegarder le bateau et de pérénniser le projet.
Un nouvel objectif : le 19 novembre
La course en solitaire se poursuit dorénavant en convoyage et en double avec Ronan Deshayes. Cette dernière partie de "course" se fera également avec la collaboration à terre de Christian Dumard qui anticipera les conditions météo difficiles. Yves s'est fixé un nouveau challenge : arriver à Pointe à Pitre avant la remise des prix fixée le 19 novembre. Si cela peut paraître anecdotique, cela révèle plutôt la pugnacité du skipper d'Actual et son sens du partage avec les autres. En effet, il est impatient de rencontrer les premiers skippers arrivés et de féliciter les vainqueurs, tout particulièrement Lionel Lemonchois (Prince de Bretagne) qui est en passe de remporter la course avec brio dans la catégorie des Multi50.
Bravo Lionel et Prince de Bretagne !
La réaction d'Yves quelques heures avant l'arrivée de Lionel Lemonchois : "Je suis très content pour lui parce qu'il partait de loin avec beaucoup d'inconnues et de soucis sur son bateau. Il n'a jamais rien lâché, il a eu une bonne journée de galères au début de la course, il ne s'est pas démonté et il a eu raison ; la preuve qu'il peut se passer plein de choses. Je suis aussi content pour Prince de Bretagne qui voit ses efforts récompensés."
Yves le Blevec joint à 13h00 heure française :
"Ronan était à peine embarqué que nous nous sommes retrouvés sous un grain. Il y a de la pluie, 30 à 35 noeuds de vent, nous nous faisons bien secouer ce matin ! Nous allons pouvoir surveiller le bateau et consolider les réparations. Je pense que c'est jouable pour la remise des prix. Je pense que ce choix est beaucoup plus raisonnable, c'était idiot de prendre un risque supplémentaire alors que le matériel d'assistance était à portée de main. Nous nous sommes battus pendant une semaine en course et ce n'est pas fini, le bateau n'est pas encore arrivé à bon port ! Nous avons encore 4 à 5 jours de mer et nous sommes encore exposés."



