Route du Rhum la Banque Postale 19 nov : l'exemplarité d'Yves le Blevec
Actual est arrivé à Pointe à Pitre onze jours après son avarie. Yves le Blevec a fait preuve d'un grand sens marin pour mener son bateau à bon port.
Dix neuf jours très intenses.
En tête des Multi50 dimanche 8 novembre, Yves le Blevec annonçait une avarie la nuit suivante. La coque centrale s'était emplie de 4000 litres d'eau après un choc et, par voie de conséquence, le bras avant tribord s'était fissuré. Il a fallu plusieurs jours à Yves pour vider l'eau à la pompe à main, colmater la fissure et consolider le bras afin d'éviter que les fissures s'agrandissent ... La pire conséquence que craignait Yves était la disloquation de son bateau. Après plusieurs jours dans une mer agitée qui l'a même contraint à faire demi tour pendant plusieurs heures, il se retrouvait de nouveau confronté à une avarie le 14 novembre ; un objet non identifié ayant sectionné un safran dans le choc.
Le lendemain, alors que le bateau d'assistance affrêté arrivait à proximité, il décidait de transborder le matériel de réparation et d'embarquer son préparateur Ronan Deshayes. Cela signifiait donc son retrait de la course mais lui assurait le maximum de chance de consolider son bateau jusqu'à Pointe à Pitre.
C'est donc soulagé qu'Yves le Blevec et Ronan Deshayes amarraient Actual "en un seul morceau" le 18 novembre. S'il est déçu d'avoir abandonné, Yves est aussi très fier d'avoir réussi à conserver ce bateau auquel il tient tant, son partenaire aussi.
Le comportement d'un grand marin.
Cela faisait 11 jours qu'il naviguait sur un bateau blessé. Il avait eu l'humilité de penser à sauver son bateau avant de penser à lui. Puis il avait poursuivi sa route en course, conscient qu'il n'y avait plus d'enjeu sportif, mais un bon marin n'abdique pas. Les moments d'optimisme, d'euphorie, d'angoisse et de désillutions se succédaient au gré des conditions météo et des craquements qu'Yves percevait. La restriction d'eau, la chaleur, le risque de chavirer ne représentaient rien comparé à la perte possible de son bateau. C'est donc un homme heureux qui débarquait hier à Pointe à Pitre, escorté par plusieurs bateaux sur l'eau et accueilli chaleureusement à terre.
Les mots d'Yves le Blevec :
"Je suis très content d'être arrivé. J'ai eu un petit coup de blues au moment de passer la ligne d'arrivée. Ce n'est pas très réjouissant de passer à côté parce que cela veut dire la course n'était plus pour moi. Mais j'ai ramené mon bateau. Avec Ronan à bord, nous avons bien travaillé pour consolider les fissures. Nous avons même du freiner le bateau dans les derniers jours, pour ne pas fragiliser le matériel !
Mais c'était une super course ; un peu longue toutefois avec 8 jours de course et 11 jours de convoyage. C'était très intense, une super course, une super navigation. J'ai pris énormément de plaisir, de sensations et d'engagement. 18 jours de course : même en convoyage, l'objectif de ramener le bateau n'était pas acquis. Le pari n'a été gagné qu'aujourd'hui, le bateau amarré à la marina.
Casser le bateau aurait engendré des tas de choses : laisser des morceaux de plastique traîner dans la mer, l'arrêt pur et simple du projet et ne pas ramener son bateau ce n'est pas bien du tout pour un marin.
Je suis passé par tous les stades. J'ai eu des moments pendant lesquels j'avais la pêche et la foi et d'autres qui étaient très très durs, j'avais vraiment peur de perdre le bateau. J'aurais eu du mal à m'en remettre parce que la relation avec mon bateau est très charnelle. J'ai dépensé énormément d'énergie pour lui, il contient une multitude de détails qui font partie de ma vie. J'ai eu peur de le perdre mais à aucun moment je ne me suis senti en danger ou dans une situation critique pour ma survie. C'était mon histoire avec Actual qu'il fallait sauver, mon bateau, mon partenaire.
A mon arrivée, j'ai senti beaucoup de sympathie de la part des gens qui m'accueillaient, le public, l'organisation de la course. Je suis soulagé d'être là et d'être arrivé avant la remise des prix !!!"
La déclaration de Samuel Tual, Directeur Général d'Actual : "Le comportement d'Yves seul à bord a été exemplaire ; il a su mettre à profit ses connaissances et compétences pour apporter les réparations nécessaires à la poursuite de la course. Ce qu'il a fait s'apparente à un véritable exploit de l'avis des marins. Le comportement d'Yves restera dans nos mémoires et surtout dans les annales de la Route du Rhum ; nous avons contribué à mettre en avant les valeurs de dépassement, ténacité, maîtrise de soi et courage. L'exploit sportif a laissé place à une véritable aventure humaine."



