Portrait d'Yves LE BLEVEC

Portrait Y. LE BLEVEC

On devrait accrocher l'histoire d'Yves LE BLEVEC au tableau noir des salles de classes. Il est la preuve qu'à force de persévérance d'une part, de volonté de maintenir une ligne de conduite de l'autre, il est possible d'arriver à ses fins... Gamin de Massy, cette banlieue sud de Paris, il aurait vécu une adolescence sans grande histoire, si ce n'est que déjà, le taraudait cet appel du large contracté lors des vacances familiales, quand toute la tribu émigrait au bord de la mer. Appel renforcé, bien sûr, quand, pour sa dernière année de lycée, Yves s'installe à La Rochelle. Ce qui était une chimère devient petit à petit une évidence... Il sera marin, baroudeur au long cours, oiseau du large. Sitôt le bac en poche, il entame sa carrière comme apprenti chez Marc Pinta, un des chantiers rochelais orfèvre en la matière. Le travail de chantier sera son purgatoire avant de pouvoir prendre le large. Quand on n'est pas du sérail, il faut aussi savoir se faire accepter. Après La Rochelle, ce sera La Trinité sur Mer, aux côtés d'autres spécialistes en la matière, Charlie Capelle, puis Thierry Fagnent. S'il fait son trou dans le petit monde de la réparation navale, les opportunités d'embarquement tardent. Au fil du temps, il a parfait son expérience auprès de quelques maîtres en matériaux composites et construction. 

Puisque la course au large ne vient pas à lui, c'est donc lui qui ira la chercher. Et quelle meilleure école que celle de la Mini-Transat pour se faire les dents ? Une course transatlantique, un prototype à bidouiller, voilà quelques indices qui lui font penser que cette course est bien à sa mesure. Il ne se trompe pas puisque, dès sa première participation, il termine cinquième. Il y découvre deux choses : « La première, c'est à quel point j'étais heureux en mer. La deuxième, c'est que j'avais fait pas mal de boulettes et qu'il était temps d'apprendre... » Dès lors, sa carrière bascule : son expertise technique associée à son expérience du large, font qu'il est retenu par Bruno Peyron pour aller faire le tour de la planète sur Orange. Un premier record en 2002, suivi d'un deuxième en 2004, entrecoupé d'une saison en Figaro, le marin acquiert définitivement ses lettres de noblesse. Il y engrange une confiance nouvelle qui l'incite à partir à nouveau sur une deuxième Mini-Transat en 2005. Mais sa préparation tardive se paie cash par un démâtage dans la deuxième étape. Quand il revient en 2007, c'est affuté comme jamais. Et la victoire est au bout. Après trois Mini-Transat, Yves sait qu'il doit passer à autre chose. Ce sera le circuit des Multi50, pour retrouver les plaisirs de la glisse, suffisamment ouvert pour tester des innovations techniques, assez raisonnable pour garder une dimension maitrisable.
La suite de l'histoire, Yves LE BLEVEC la construit jour après jour au fil de ses succès et de ses déconvenues. S'il n'a pas à rougir de son palmarès depuis son arrivée dans la classe, il rêve maintenant d'une chose : renouveler l'exploit de la Transat 6,50 sur une des courses transocéaniques majeures. Les songes du gamin de Massy ont quelque parenté avec le phénix de la légende : sitôt consumés, ils reviennent toujours plus forts.


PF Bonneau © Extraits de « Coureurs d'océans, trente portraits de marins » Editions Le Télégramme