« J’ai été sauvé par une équipe assez brillante de l’armée Chilienne. A partir de ce moment là, je me suis retrouvée dans une situation où je ne maitrisais pas grand-chose, je me suis retrouvée embarqué dans un hélico qui a atterri à Puerto Williams dans le sud de la Patagonie. A partir de là j’ai eu un check médical très rapide. Les gens ont constaté que j’étais en pleine forme physique et juste après je me suis fait embarqué dans un avion à destination de Punta Arenas, la ville la plus importante dans le sud du Chili. C’est là qu’on été prises les photos qui ont été diffusées, dès que je suis arrivé sur le tarmac. Il y a l’officier militaire qui avait invité les journalistes du coin et le vice-consul de France qui m’a accueilli et qui faisait la traduction.

J’ai fait aussi la partie officielle d’entrée dans le pays car j’avais conservé le passeport avec moi ce qui simplifie toujours les démarches. J’ai un visa touriste de 90 jours. J’ai été accueilli avec beaucoup de bienveillance par le vice-consul dans sa maison, il m’a offert une douche et un déjeuner.
Là je suis dans un hôtel à réorganiser mon existence en étant en lien avec l’équipe technique à terre et avec toute l’équipe de com et le sponsor. En réorganisant ma vie matérielle du quotidien (achat jean, brosse à dents, sac de voyage…).

Le bateau, on le localise, on a une balise qui nous permet de le suivre sur une fréquence qu’on choisit. On a une position toutes les demies heures. Toutes les 4h, on a 1 an d’autonomie pour suivre le bateau. On peut modifier la fréquence de suivi. ça marche. Le bateau dérive, il part vers le nord-est, il revient en atlantique. Toute la question consiste à voir les moyens que l’on peut mettre en œuvre pour tenter une opération de récupération du bateau, ce qui est loin loin loin d’être simple car il n’y a pas beaucoup de moyens sur place, c’est une zone pas super équipée en moyens de récupération et puis c’est la pleine saison touristique et surtout les conditions météos sont vraiment difficiles. Aujourd’hui on n’a pas de solutions. On en cherche. Toute l’équipe Actual et le réseau qu’on a, cherche des solutions pour : d’une part atteindre le bateau et une fois qu’on a atteint le bateau le débarrasser de son gréement et de tout ce qui compliquerait une opération de remorquage. Mais là aujourd’hui on n’a pas de solution. On a encore quelques pistes à explorer mais la situation est compliquée. »

« Ce qui m’est arrivé est très simple. Je naviguais depuis le début sur un rythme assez prudent. Je naviguais à 100% du potentiel du bateau quand les conditions de vents et de mer étaient faciles et non traumatisantes et dès que j’estimais que les situations étaient dures pour le bateau et le marin je n’hésitais pas à ralentir et lever le pied.

La navigation dans laquelle on s’était lancés avec Actual était une navigation de longue haleine, ce n’étais pas la vitesse instantanée qui comptait mais la vitesse moyenne et la tenue dans la durée. On savait qu’ après le Cap Horn, mécaniquement avec des vents de secteur ouest comme il y a tout le temps là bas, il y a une accélération mécanique avec la Cordillère des Andes qui canalise un peu les vents et il y a une bande devant qui fait une centaine de milles de large où ça accélère pas mal, on savait qu’on allait traverser après le cap Horn et pendant 5 ou 6h une bande de vent assez forte mais tout à fait prévisible. Je m’étais adapté à cette situation.

J’avais une combinaison de voilure hyper adaptée, j’étais grand voile à 3 ris et un J4 (un tourmentin), une voile toute petite que j’ai faite faire, de 20m carré. Une voile toute petite qui permet d’avoir un appui devant et de ne pas surtoilé le bateau. J’avais la combinaison de voilure adaptée. Toujours est-il qu’il y avait du vent et de la mer et je serai incapable d’expliquer pourquoi, mais en naviguant dans du vent et de la mer au près avec une vitesse moyenne entre 12 et 15 nœuds, si j’abats de quelques degrés le bateau accélère tout de suite donc je m’imposais entre 12 et 15 nœuds. En dessous de 12 noeuds le pilote avait vraiment du mal à maintenir une direction stable du bateau.»